GRAND DOSSIER
SEPTEMBRE 2026
PAV: 600 entreprises à déplacer
Le projet Praille-Acacias-Vernets est l’un des plus grands renouvellements urbains d’Europe. Derrière les 12'400 logements attendus, un défi dont on parle peu: délocaliser 600 entreprises et 10'000 emplois, sans exode ni perte de savoir-faire.
Un projet d’envergure européenne
Inscrit dans le Plan directeur cantonal 2030, le projet Praille-Acacias-Vernets transformera 232 hectares d’anciens terrains industriels au cœur de Genève en neuf nouveaux quartiers. À l’horizon 2050-2060, le PAV accueillera 12'400 logements et 6'200 emplois nouveaux, avec un objectif de neutralité carbone. Portée par une génération d’urbanistes à partir du début des années 2000, la vision a été inscrite dans la loi cantonale et progressivement traduite en plans localisés de quartier. Un fait rare rend le projet possible: 82 % des terrains concernés sont en mains publiques.
Le PAV est aujourd’hui un des plus grands pôles économiques du canton. Il compte 1'600 entreprises, soit environ 20'000 emplois dans l’industrie, l’artisanat, la logistique et les services. Ces activités se sont installées et développées sur plusieurs décennies, au bénéfice de droits de superficie parfois centenaires. Leur déplacement, même partiel, suppose des surfaces adaptées, des contraintes logistiques spécifiques et des ancrages territoriaux difficiles à reconstituer. La mutation urbaine du PAV ne peut donc pas être pensée comme une simple libération de terrains: elle exige d’organiser en parallèle la continuité d’un tissu productif que Genève ne peut pas se permettre de perdre.
1963, plaine de la Praille et des Acacias en cours de transformation
L’opérateur urbain PAV
Pour piloter cette transformation, le canton a mis en place en 2022 un dispositif inédit: l’Opérateur urbain PAV, qui rassemble trois entités aux compétences complémentaires.
La Direction PAV (DPAV), rattachée au Département du territoire, assure la planification urbanistique et la coordination générale. Elle définit les plans directeurs, arbitre les affectations, pilote la programmation.
La Fondation Praille-Acacias-Vernets (FPAV), créée par la loi du 28 février 2019 et dotée de 600 millions de francs, procède au rachat progressif des droits de superficie des entreprises installées et libère ainsi le foncier pour les développements futurs.
La FTI accompagne les entreprises concernées par les libérations de terrain: elle écoute leurs besoins, cherche des solutions de relogement, mobilise son parc dans les autres zones industrielles du canton.
Ces trois entités couvrent chacune un versant de la mutation — planifier, libérer, accompagner — et se coordonnent au sein d’une gouvernance unique depuis 2022.
Site de la Fondation FPAV
Le PAV en un coup d’œil
La FTI, porte d’entrée des entreprises
«Notre mission consiste à faciliter l’aménagement du secteur PAV sans créer un exode des entreprises hors du canton et sans perte d’emplois et de savoir-faire», résume Guillaume Massard, directeur général de la FTI.
Concrètement, la FTI reçoit les demandes des entreprises concernées par les libérations foncières, qualifie leurs besoins (surface, hauteur sous plafond, accès rez, contraintes logistiques) et cherche des solutions dans les zones industrielles du canton, soit dans son propre parc bâti, soit auprès des régies partenaires et propriétaires privés.
Elle mobilise également des outils spécifiques: cautionnements, montages coopératifs (COOFIFI aux Cherpines), mise au concours de droits de superficie (Twin Park à Bois-Brûlé).
Pour rendre ces relogements possibles, la FTI travaille en amont sur l’ouverture de nouvelles zones: les Cherpines, les Rouettes, Bois-Brûlé, Valavran figurent parmi les périmètres actuellement en préparation.
Praille-Ouest: un cœur productif au sein du PAV
Adossé au peigne ferroviaire de La Praille, unique à l’échelle cantonale, le périmètre Praille-Ouest est explicitement conservé comme zone d’activités au cœur du projet urbain.
Le projet PAV ne prévoit pas la disparition totale de l’activité productive. Praille-Ouest est explicitement conservé comme zone de développement 2. Le peigne ferroviaire qui le structure constitue un atout logistique majeur, appelé à alimenter les futurs quartiers en approvisionnement et à concentrer une part de la logistique urbaine de l’agglomération.
Sa préservation témoigne d’une doctrine explicite: la ville qui grandit n’est pas séparée des flux qui la nourrissent. Chantiers, distribution, transport, alimentation, autant d’activités qui doivent trouver leur place au cœur du tissu urbain. Le pilotage de ce périmètre reste sous la responsabilité de la FTI, qui prépare sa valorisation en cohérence avec le reste du projet.
Un chantier au long cours
La mutation du PAV s’étalera sur plusieurs décennies. Certains contrats de droit de superficie courent jusqu’en 2056; les négociations, les rachats, les relocalisations progressent à un rythme dicté autant par les cycles des entreprises que par les échéances juridiques.
Cette temporalité longue est en l’occurrence un atout. Reloger sans perdre le savoir-faire suppose un dialogue au cas par cas, une planification fine des sites d’accueil et une coordination continue avec les communes concernées. L’écueil serait d’accélérer la libération des terrains au prix d’un exode qui appauvrirait la base productive du canton.
Firmenich: la première pierre du nouveau PAV
Le déménagement du géant du parfum à Satigny en 2019, accompagné par la FTI, a libéré à la Pointe Nord les premiers terrains du projet PAV et posé la méthode.
Longtemps emblématique du PAV industriel, le site historique de Firmenich à la Pointe Nord a été libéré début 2019, lorsque le groupe a rejoint son nouveau siège de Satigny. Deux ans plus tard, les anciens bâtiments accueillaient 650 collaboratrices et collaborateurs de l’État dans le cadre d’une occupation transitoire, en attendant la reconstruction du quartier.
Ce premier basculement a valeur de démonstration. Il montre qu’une reconversion réussie repose sur trois conditions: une relocalisation industrielle réellement compétitive — Satigny offrait à Firmenich des surfaces adaptées à ses activités —, un usage intermédiaire des lieux libérés le temps de leur reconstruction, et une coordination institutionnelle assumée entre l’État, la Fondation PAV et la FTI.
Entre urbanisation et industrie
Dix ans après le lancement opérationnel du projet, la méthode se consolide. Le Forum des acteurs du PAV — 400 professionnels rassemblés en février 2025 pour sa deuxième édition — installe un dialogue régulier entre l’Opérateur urbain PAV, les entreprises, les urbanistes et les acteurs de l’immobilier. L’étude Rive gauche — menée conjointement par la FTI, l’OCEI et l’Opérateur urbain, et validée par le Conseil d’État en mai 2025 — documente les enjeux économiques du secteur entre Arve et Lac et nourrit la révision du Plan directeur cantonal 2050.
Si les études territoriales de la FTI documentent les capacités d’accueil des zones voisines, elles rappellent aussi une réalité plus difficile. Dans un canton où la pression foncière est forte, la tentation de résoudre la crise du logement en réduisant les surfaces productives demeure présente. Or, les zones industrielles ne sont pas des réserves foncières en attente de mutation résidentielle: elles portent la capacité productive du canton. Préserver cet équilibre est un enjeu politique et économique que les acteurs privés et institutionnels doivent désormais porter ensemble.
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